Bonjour la liste,
Ce mail pour inviter les Messies en présence à gamberger/explorer ensemble ce qui s’est
passé pour nous dans nos crises mystiques, ce qu’on en a gardé, et plus spécifiquement
quels liens à la spiritualité on a pu (re)construire dans l’après-coup, au fil du temps.
Je m’explique :

A 20 ans (an 2000), je me suis prise pour le Messie, et ça m’a amenée loin (j’ai raconté ça
dans un livre, Barge). J’ai réussi à revenir parmi le commun des mortel.les – ça m’a pris dix
ans, mais j’ai plutôt bien repris pied. Seulement, pour y parvenir, j’ai renoncé à garder
béante la brèche spirituelle ouverte par mon délire. J’ai même carrément mis de gros
rochers devant pour en barrer l’entrée – pour me concentrer sur le politique (branche
autogestion-autodétermination), le collectif, l’engagement intersectionnel : la vie tangible,
quoi. Fini l’interprétation des signes, lire l’avenir dans les nuages, les incantations à la
lune, se mettre de l’herbe plein la tête. Fini l’extase et l’effroi, la puissance et la gloire, la
télépathie et les yeux-caméras. Fini l’au-delà du temps.
Maintenant j’ai 46 ans. Toujours campée dans le concret, notamment en bossant comme
paire-aidante dans un petit HP, 4 jours par semaine. En étant daronne, aussi. Mais y a en
moi comme un manque latent et sourd – un manque de connexion, un manque d’élévation,
un manque de profondeur. Eh bon, quelque chose me dit que ce manque est intimement
lié à ce renoncement originel à une spiritualité active. Comme si j’avais un membre trop
longtemps bridé, atrophié, qui aurait besoin de pouvoir bourgeonner un peu – pour me
permettre de ressentir différemment de la joie, de la surprise, de l’inattendu. Pour me
décoller un peu de la vie matérielle, tellement dure, tellement âpre par les temps qui
courent. Pour me reconnecter à un grand tout, par des chemins de traverse à inventer.
Pour accéder à d’autres sphères d’apaisement, et de plénitude. Pour trouver un nouveau
prétexte pour s’amuser à plusieurs, aussi.
Alors voilà, j’aimerais bien démarrer quelque chose autour de tout ça – pour comprendre
comment folie, spiritualité, et rétablissement s’articulent. Quelque chose comme une
recherche-action, en plus bricolé, en plus expérimental (car pas de budget de départ, ni de
structure qui porte le truc). C’est encore flou, c’est encore très ouvert :
- Il y a l’idée de collecter des ressources sur ces thématiques (articles scientifiques, mais
aussi témoignages à la première personne, œuvres de fiction…). Pour savoir ce que
d’autres en ont déjà compris. Pour mieux identifier la place qu’on fait et l’importance qu’on
accorde, ou pas, à la spiritualité, dans les soins, et dans les mouvements de personnes
vivant avec des troubles – surtout dans un état et une société se voulant laïques comme
les nôtres (bien sûr, aux USA, le sujet est loin d’être neuf). Pour s’inspirer de ce qui peut
se penser, se tenter, se faire ailleurs, ou ici, aussi. - Il y a l’idée de faire des entretiens de Messies – avec, notamment, la question : comment
vous vous êtes dépatouillé.es, vous, des questions spirituelles dans votre « parcours de
rétablissement » ? quel impact ce vécu mystique a eu sur vous, sur votre vie, en général ?
Ces entretiens pourraient démarrer bientôt. - Il y a l’idée de se retrouver à plusieurs, le temps d’un (ou plusieurs!) week-end prolongé,
pour échanger sur nos vécus, nos outils, nos explorations. - Il y a l’idée, encore en construction, d’une résidence de travail lors de la semaine Trouble
Fête, à Lille, fin novembre. Avec l’envie de présenter une amorce, un aperçu de cette
recherche le samedi 28, durant le festival – sous la forme d’une lecture, d’une
performance, d’une installation… là aussi, c’est ouvert ! - Il y a l’idée de prendre son temps – plusieurs années pour moi sans doute, vu le peu de
temps libre que mon travail me laisse. L’idée aussi d’agréger des envies, d’ouvrir des
horizons, d’être curieuses, d’être joueurs, d’avoir de l’audace avec robustesse. De prendre
soin de nous là-dedans, évidemment : l’idée n’est vraiment pas de créer une nouvelle
dynamique sectaire, ni de faire reflamber des gens. On fera gaffe. - Il y a l’idée de produire des choses à partager publiquement. Pour faire comprendre,
pour se donner de la force, pour se surpasser un peu (après tout). Une collection de
fanzines? Un livre? Un spectacle son et lumière ? - Il y a l’idée d’assumer que c’est moi qui lance le truc, et donc qui vais en tenir les rênes,
décider des espaces et des moments, esquisser les premières ébauches du projet, dans
un premier temps au moins, le temps que ça prenne forme et que le flou s’estompe. Le
terrain de la spiritualité, c’est pentu, glissant, plein de chausse-trappes et de bandits de
grand-chemin planqués derrière des buissons ardents : j’ai pas envie de faire équipe avec
n’importe qui dans l’ascension. Je dirais que c’est un projet personnel, qui a vocation à
devenir collectif. Un bon truc de Messie, quoi 🙂
Si jamais tout ça vous interpelle ou vous intrigue, si vous avez envie de participer d’une
manière ou d’une autre, si ça soulève des questions ou de l’enthousiasme, si vous avez
des recommandations de lecture ou autre : écrivez-moi! à barge@riseup.net
Si vous connaissez des gens à qui ça peut parler, merci de leur transmettre ce mail.
Un très très grand merci de m’avoir lue jusque là!
Héloïse